Les soignants et l’Oncologie: au-delà de la technique et du soin, des motivations profondes


Chaleureusement reçu à l’Institut Curie avec des amis blogueurs, nous avons tous été frappés par la ferveur avec laquelle Marie Dutreix et Youlia Kirova nous ont présenté le ssoirees_blogueurs_fevrier_ter[1]eul hôpital au monde disposant de 5 techniques différentes d’irradiations mammaires et nous ont démontré que l’Oncologie n’est pas « un travail mais bien un destin ».

Pour ces deux chercheuses d’exception, en matière de Cancer chaque jour apporte une nouvelle molécule de combat et le défi est alors d’en limiter les effets secondaires. Il en est de même en matière de radiothérapie qui doit permettre d’irradier les zones cibles sans toucher les zones à risque.

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Ainsi les 20 dernières années ont vu progresser très fortement (x2 pour le Cancer du Sein) les taux de guérison et cela grâce en grande partie à l’évolution combinée de l’Irradiation thérapeutique (la Tomotherapie par exemple depuis 2007 en France) et de la Chimiothérapie.

Tomo

Mais en matière d’Oncologie, la technique n’est pas la seule arme. Loin s’en faut.

Il suffit de voir l’effort apporté dans les Centres de lutte contre le cancer pour accueillir les patients, les rassurer, leur expliquer le déroulement des traitements et leurs effets secondaires pour comprendre que l’Oncologie fait appel, comme les autres « spécialités », à des qualités humaines tout à fait particulières. Il faut en effet pouvoir être le Soutien qui aide à avancer, celui qui écoute, celui qui comprend la souffrance sans l’absorber et celui qui sait masquer ses propres émotions au patient alors que celui-ci les perçoit pourtant de façon exacerbée.

Mais « entrer en Oncologie » comme on « entre en religion » c’est faire face à une douloureuse évidence, la finalité n’est en effet pas seulement ou « forcement » de guérir. Il faut dès le départ faire le deuil du désir de toujours « sauver des vies » pour se concentrer sur une notion centrale : donner du temps au patient et surtout lui donner du temps de qualité de vie. On ne choisit donc pas l’Oncologie (que l’on soit médecin, aide-soignant, infirmière, cadre, chercheur) sans motivations profondes souvent liées à l’histoire de chacun.

Pour un soignant qui tient chaque jour la main d’un patient atteint d’un Cancer, une image revient souvent, celle du roc solitaire face au vent. Non pas le fier rocher des sommets mais l’humble rocher du bord de mer, celui qui est battu par des vagues successives, submergé souvent, sec et brûlant parfois, mais sculpté par le ressac de la menace.

Peu de spécialités sont aussi exposées à l’échec et exigent autant de faire face à sa propre impuissance alors que le Cancer est là, présent, sournois, et qu’il prend malheureusement trop souvent encore le dessus, malgré tous les efforts et les désirs,  laissant des traces discrètes mais néanmoins profondes chez celui qui soigne.830147fd86ae86fb0799310462405ac5[1]

Le soignant en Oncologie avance alors avec près de lui une deuxième ombre. Une deuxième ombre qui reste sagement derrière lui quand tout va bien mais qui, tout à coup, accélère et court éperdument devant : le Temps.

Voilà la vraie mission des soignants oncologues, dompter le Temps… Le rendre le plus long, le plus doux, le plus «  » vivable  » possible avant parfois de le souhaiter plus court.

Temps et qualité de vie, voilà 2 notions primordiales qui rendent essentiel le travail en équipe, fort d’une communication entre soignants permettant de cerner au mieux le patient, ses besoins, ses angoisses et  ses non-dits. Le ressenti n’est jamais le même entre une infirmière, une aide-soignante, un interne, un chef de service et toutes leurs informations combinées sont nécessaires tant chacune séparée ne signifie rien.

Ainsi peut-on capter le moment clé, celui où il faut être là. Peu importe alors le soignant qui sera présent, il faut juste qu’il y en ait un.

En Oncologie, les équipes sont généralement extrêmement joyeuses et soudées avec paradoxalement une vraie joie de vivre. C’est bien évidement une arme essentielle pour pouvoir, chaque jour, disposer de la réserve d’énergie nécessaire pour faire face. Mais il y a autre chose et cette « autre chose » est la forme d’exaltation que procure la danse incessante des soignants avec le Temps.

Jérick Develle

 

3 réflexions au sujet de « Les soignants et l’Oncologie: au-delà de la technique et du soin, des motivations profondes »

  1. Ping : Les soignants et l’Oncologie: au-delà de la technique et du soin, des motivations profondes | Le blog d'Adecco Medical, mais pas que...

  2. Tout est dit et si joliment dit. En tant que soignante en oncologie je ne peux être que d’accord.

  3. je souhaite après l’obtention de mon diplôme AS en juillet 2014 travailler en oncologie.
    Dans un premier temps parce que j’ai vécu l’accompagnement d’un être cher à mes yeux atteint d’un cancer .
    Dans un second temps parce que tous les soignants ont été très professionnels comme jamais j’en ai croisé.
    Le sourire, la disponibilité, l’écoute même avec nous, la famille.
    Aujourd’hui en reconversion professionnelle, j’ai envie d’apporter de donner tout ce qui m’a été transmis au cours de ce combat et qui m’a aussi aidé à faire mon deuil.

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