Quand les patients deviendront  leur propre médecin…


Google vient d’annoncer investir massivement dans le développement de capsules 2000 fois plus petites qu’un globule rouge et dont la nanotechnologie permettra d’émettre en temps réel des informations sur les paramètres vitaux de celui qui se fera injecter l’objet.

A Nice, des chercheurs français viennent de mettre au point une technologie permettant de détecter plusieurs années à l’avance les signes précurseurs d’un cancer potentiel.

Un peu partout dans le monde on commence à utiliser des imprimantes 3D pour reproduire un éclat de vertèbre ou de phalange avant réimplantation et on réfléchit à la possibilité d’utiliser cette technologie pour imprimer de la peau ou même un organe…

L’accélération de l’impact de la technologie sur la santé humaine commence à générer des espoirs (ou des craintes) concernant un allongement exponentiel de l’espérance de vie qui pourrait pour certains (c’est par exemple mon point de vue) doubler en deux générations.

Cette situation en perpétuelle évolution, associée à la multiplication sur le net de forums d’échanges de données et de conseils médicaux, pourrait laisser à penser qu’en multipliant les capteurs les plus précis et en les couplant à des metamoteurs de données doués d’une réelle intelligence artificielle il pourrait devenir possible pour le patient d’être son propre médecin…

Mais je crois profondément qu’il n’en sera rien.

Ayant en effet observée de fort prés récemment la détresse d’une jeune Médecin et néanmoins Maman face à la maladie de son enfant il m’est apparu comme une évidence que la seule chose que ne sauront pas faire les machines pendant longtemps encore (et heureusement) ce sont les choix froids et puissants dictés par le serment d’ Hippocrate, c’est aussi la capacité à prendre du recul face à la douleur parfois nécessaire, c’est encore le pouvoir de savoir parfois ne pas guérir mais donner du temps de vie sereine et c’est surtout la maîtrise de la serendipité médicale qui fait qu’au travers de l’éclat d’un regard, de la vibration d’une voix ou de la douceur d’une main dans celle de son patient un médecin absorbe, transforme, analyse et retransmets bien plus d’énergie vitale que tous les robots de monde et cela pour encore bien longtemps.

 

Jérick Develle

Les soignants et l’Oncologie: au-delà de la technique et du soin, des motivations profondes

Mis en avant


Chaleureusement reçu à l’Institut Curie avec des amis blogueurs, nous avons tous été frappés par la ferveur avec laquelle Marie Dutreix et Youlia Kirova nous ont présenté le ssoirees_blogueurs_fevrier_ter[1]eul hôpital au monde disposant de 5 techniques différentes d’irradiations mammaires et nous ont démontré que l’Oncologie n’est pas « un travail mais bien un destin ».

Pour ces deux chercheuses d’exception, en matière de Cancer chaque jour apporte une nouvelle molécule de combat et le défi est alors d’en limiter les effets secondaires. Il en est de même en matière de radiothérapie qui doit permettre d’irradier les zones cibles sans toucher les zones à risque.

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Ainsi les 20 dernières années ont vu progresser très fortement (x2 pour le Cancer du Sein) les taux de guérison et cela grâce en grande partie à l’évolution combinée de l’Irradiation thérapeutique (la Tomotherapie par exemple depuis 2007 en France) et de la Chimiothérapie.

Tomo

Mais en matière d’Oncologie, la technique n’est pas la seule arme. Loin s’en faut.

Il suffit de voir l’effort apporté dans les Centres de lutte contre le cancer pour accueillir les patients, les rassurer, leur expliquer le déroulement des traitements et leurs effets secondaires pour comprendre que l’Oncologie fait appel, comme les autres « spécialités », à des qualités humaines tout à fait particulières. Il faut en effet pouvoir être le Soutien qui aide à avancer, celui qui écoute, celui qui comprend la souffrance sans l’absorber et celui qui sait masquer ses propres émotions au patient alors que celui-ci les perçoit pourtant de façon exacerbée.

Mais « entrer en Oncologie » comme on « entre en religion » c’est faire face à une douloureuse évidence, la finalité n’est en effet pas seulement ou « forcement » de guérir. Il faut dès le départ faire le deuil du désir de toujours « sauver des vies » pour se concentrer sur une notion centrale : donner du temps au patient et surtout lui donner du temps de qualité de vie. On ne choisit donc pas l’Oncologie (que l’on soit médecin, aide-soignant, infirmière, cadre, chercheur) sans motivations profondes souvent liées à l’histoire de chacun.

Pour un soignant qui tient chaque jour la main d’un patient atteint d’un Cancer, une image revient souvent, celle du roc solitaire face au vent. Non pas le fier rocher des sommets mais l’humble rocher du bord de mer, celui qui est battu par des vagues successives, submergé souvent, sec et brûlant parfois, mais sculpté par le ressac de la menace.

Peu de spécialités sont aussi exposées à l’échec et exigent autant de faire face à sa propre impuissance alors que le Cancer est là, présent, sournois, et qu’il prend malheureusement trop souvent encore le dessus, malgré tous les efforts et les désirs,  laissant des traces discrètes mais néanmoins profondes chez celui qui soigne.830147fd86ae86fb0799310462405ac5[1]

Le soignant en Oncologie avance alors avec près de lui une deuxième ombre. Une deuxième ombre qui reste sagement derrière lui quand tout va bien mais qui, tout à coup, accélère et court éperdument devant : le Temps.

Voilà la vraie mission des soignants oncologues, dompter le Temps… Le rendre le plus long, le plus doux, le plus «  » vivable  » possible avant parfois de le souhaiter plus court.

Temps et qualité de vie, voilà 2 notions primordiales qui rendent essentiel le travail en équipe, fort d’une communication entre soignants permettant de cerner au mieux le patient, ses besoins, ses angoisses et  ses non-dits. Le ressenti n’est jamais le même entre une infirmière, une aide-soignante, un interne, un chef de service et toutes leurs informations combinées sont nécessaires tant chacune séparée ne signifie rien.

Ainsi peut-on capter le moment clé, celui où il faut être là. Peu importe alors le soignant qui sera présent, il faut juste qu’il y en ait un.

En Oncologie, les équipes sont généralement extrêmement joyeuses et soudées avec paradoxalement une vraie joie de vivre. C’est bien évidement une arme essentielle pour pouvoir, chaque jour, disposer de la réserve d’énergie nécessaire pour faire face. Mais il y a autre chose et cette « autre chose » est la forme d’exaltation que procure la danse incessante des soignants avec le Temps.

Jérick Develle